{"id":276,"date":"2026-10-13T20:42:16","date_gmt":"2026-10-13T18:42:16","guid":{"rendered":"https:\/\/laviedeplato.fr\/?p=276"},"modified":"2026-10-13T20:42:16","modified_gmt":"2026-10-13T18:42:16","slug":"fkt-gr22-notre-dame-%e2%9e%a1%ef%b8%8fmt-st-michel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laviedeplato.fr\/?p=276","title":{"rendered":"FKT GR22 : Notre Dame \u27a1\ufe0fMt St Michel"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab Sur le papier, le plan est simple \u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;origine, mon projet \u00e9tait de parcourir le GR1 pour tenter d&#8217;y \u00e9tablir un nouveau record. Un premier record ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 en juin 2026, l&#8217;objectif \u00e9tait donc de faire mieux !<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e9tait pr\u00eat, ou presque, jusqu&#8217;\u00e0 ce que les incendies en for\u00eat de Fontainebleau viennent perturber mes plans. Une partie des chemins du GR1 avait \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e et, apr\u00e8s avoir contact\u00e9 la F\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise de randonn\u00e9e dans le secteur, je n&#8217;avais toujours aucune visibilit\u00e9 sur une \u00e9ventuelle r\u00e9ouverture avant mon d\u00e9part. Plut\u00f4t que de prendre le risque de me retrouver bloqu\u00e9 en plein milieu de mon parcours ou de ne pas avoir un record valid\u00e9, j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de changer de projet.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 le GR22, qui relie Notre-Dame de Paris au Mont-Saint-Michel, comme une alternative potentielle. Avec une distance d&#8217;environ 570 km et un temps d&#8217;effort estim\u00e9 assez similaire \u00e0 celui du GR1, le d\u00e9fi restait sensiblement le m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre avantage non n\u00e9gligeable : ce changement de parcours ne bouleversait pas compl\u00e8tement ma logistique. La majorit\u00e9 des personnes qui avaient pr\u00e9vu de m&#8217;accompagner sur le GR1 pouvaient \u00e9galement \u00eatre pr\u00e9sentes sur le GR22. Un point essentiel, car sur ce type de projet, l&#8217;organisation de l&#8217;assistance est presque aussi importante que la pr\u00e9paration physique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis donc lanc\u00e9 sur ce nouveau d\u00e9fi avec l&#8217;objectif d&#8217;\u00e9tablir un record autour de quatre jours.Sur le papier, le plan \u00e9tait relativement simple : avancer en continu, avec une pause toutes les six heures pour retrouver le camping-car que j&#8217;avais lou\u00e9 et que mes parents d\u00e9pla\u00e7aient d&#8217;un point de rendez-vous \u00e0 l&#8217;autre. Ces arr\u00eats devaient me permettre de prendre un vrai repas et de dormir la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne restait plus qu&#8217;\u00e0 mettre ce plan \u00e0 ex\u00e9cution et \u00e0 voir comment mon corps allait r\u00e9agir \u00e0 pr\u00e8s de 570 km d&#8217;effort !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 1 : de Notre-Dame aux premi\u00e8res for\u00eats<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Une mini gal\u00e8re de GPS au d\u00e9part, en dehors de \u00e7a, tout se pr\u00e9sente au mieux ! Louison et Lucas sont au rendez-vous pour m&#8217;accompagner et me guider \u00e0 travers Paris. Olivier, qui revient de sa s\u00e9ance de squash matinale, nous rejoint \u00e9galement en empruntant le parcours en sens inverse.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe devant le Louvre, les Tuileries, le Panth\u00e9on, avant de rejoindre les quais en direction d&#8217;Issy-les-Moulineaux, puis de Meudon. C&#8217;est l\u00e0 que l&#8217;on quitte progressivement l&#8217;environnement urbain pour entrer dans un encha\u00eenement de for\u00eats domaniales, toutes plus sympas les unes que les autres. J&#8217;avance \u00e0 un bon rythme, m\u00eame si quelques pauses diarrh\u00e9e viennent ponctuer cette premi\u00e8re partie de journ\u00e9e. Pas franchement id\u00e9al pour commencer une aventure de plusieurs jours, mais pour le moment, \u00e7a ne m&#8217;emp\u00eache pas de progresser comme pr\u00e9vu.<\/p>\n\n\n\n<p>Au croisement d&#8217;une route, je tombe sur Morgane et Matthieu, qui m&#8217;ont fait la surprise de venir me voir pendant leur pause d\u00e9jeuner ! Ils m&#8217;accompagnent sur quelques centaines de m\u00e8tres avant que l&#8217;on perde la trace du GR. R\u00e9sultat : un aller-retour de presque un kilom\u00e8tre et une centaine de m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 positif suppl\u00e9mentaires. En revenant sur nos pas, on finit par comprendre que le balisage a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 pour une d\u00e9viation temporaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, aussi rapidement qu&#8217;ils sont apparus, Morgane et Matthieu repartent de leur c\u00f4t\u00e9. Pour moi, l&#8217;aventure continue, avec encore un sacr\u00e9 bout de chemin avant de rejoindre le Mont-Saint-Michel.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_053110322.MP_-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-277\" srcset=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_053110322.MP_-768x1024.jpg 768w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_053110322.MP_-225x300.jpg 225w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_053110322.MP_-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_053110322.MP_-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_053110322.MP_-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 1 : Quand le corps d\u00e9cide de ne plus s\u2019alimenter<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans les heures qui suivent je rencontre de grosses difficult\u00e9s pour manger et boire.Pendant 4h je n\u2019arrive \u00e0 avaler qu\u2019un demi-litre d\u2019eau et je ne mange rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019aurais probablement paniqu\u00e9. Je me serais dit que ma course \u00e9tait foutue, un peu comme lorsque j\u2019avais abandonn\u00e9 sur les 40 Bosses. Aujourd\u2019hui, j\u2019aborde les choses avec davantage de recul. J\u2019arrive \u00e0 prendre le temps de r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 relativiser. Je sais que ne pas manger pendant quatre heures n\u2019est pas dramatique en soi. En r\u00e9duisant l\u2019intensit\u00e9, le corps utilise proportionnellement davantage de graisses comme source d\u2019\u00e9nergie, ce qui permet de continuer \u00e0 avancer en attendant que la situation s\u2019am\u00e9liore.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me, c\u2019est que je n\u2019arrivais pas \u00e0 identifier l\u2019origine de ce blocage. J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un souci digestif et je suis rest\u00e9 sur cette id\u00e9e pendant plusieurs heures, jusqu\u2019\u00e0 ce que je r\u00e9alise que je tra\u00eenais \u00e9galement une l\u00e9g\u00e8re envie de vomir depuis un bon moment. Je me suis alors dit que j\u2019allais simplement m\u2019autoriser \u00e0 vomir et voir si cela me soulageait. Je suis tomb\u00e9 \u00e0 genoux, j\u2019ai eu deux spasmes comme lorsqu\u2019on vomit, j\u2019ai crach\u00e9 un peu de salive\u2026 puis plus rien. Et l\u00e0, miracle ! La sensation d\u00e9sagr\u00e9able a instantan\u00e9ment disparu. J\u2019ai pu recommencer \u00e0 manger et \u00e0 boire normalement, comme si rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec le recul, je me demande si le probl\u00e8me ne venait pas tout simplement de mon diaphragme. Peut-\u00eatre que le mouvement provoqu\u00e9 par les spasmes a permis de rel\u00e2cher quelque chose qui \u00e9tait bloqu\u00e9. Je n\u2019en ai aucune certitude, mais le changement a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diat.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, ce probl\u00e8me, qui aurait pu compromettre ma course d\u00e8s les premi\u00e8res heures, a disparu aussi rapidement qu\u2019il \u00e9tait apparu. Et pour le reste des 570 kilom\u00e8tres, je n\u2019ai plus rencontr\u00e9 la moindre difficult\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 1 : des retrouvailles de longue date et une premi\u00e8re nuit bien fra\u00eeche<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En d\u00e9but de soir\u00e9e, je retrouve Adeline, ma paceuse \u00e0 v\u00e9lo pour la nuit, mais surtout ma meilleure amie de CE2, que je n&#8217;ai pas vue depuis 16 ans et avec qui je n&#8217;ai pour ainsi dire pas \u00e9chang\u00e9 pendant toute cette p\u00e9riode. Comme quoi, les grands projets ont cette capacit\u00e9 \u00e0 rassembler les gens !<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est accompagn\u00e9e d&#8217;Alexandre, un de ses amis, traileur local et bien motiv\u00e9 pour m&#8217;aider \u00e0 parcourir les 30 prochains kilom\u00e8tres le plus rapidement possible. La nuit avance rapidement. Adeline est venue reconna\u00eetre toute cette section la semaine pr\u00e9c\u00e9dente et me guide parfaitement. Et comme on a quelques ann\u00e9es d&#8217;anecdotes \u00e0 se raconter, le temps file !<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 30 km, Alexandre nous laisse et j&#8217;en profite pour faire une sieste d&#8217;1 h 30 dans le camping-car. On repart ensuite tous les deux jusqu&#8217;au petit matin, dans une fra\u00eecheur assez marqu\u00e9e puisque le thermom\u00e8tre du camping-car affiche 4 \u00b0C.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Adeline me laisse au matin, j&#8217;ai parcouru 154 km en 24 heures, soit 14 km d&#8217;avance sur mon plan initial. Un premier bilan plut\u00f4t encourageant, m\u00eame si je sais que le plus dur reste \u00e0 venir !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_182558485.MP-Copie-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-278\" srcset=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_182558485.MP-Copie-768x1024.jpg 768w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_182558485.MP-Copie-225x300.jpg 225w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_182558485.MP-Copie-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_182558485.MP-Copie-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260909_182558485.MP-Copie-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 2 : la Beauce, ses lignes droites et les premi\u00e8res douleurs<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me jour se d\u00e9roule en grande partie dans la Beauce, que j&#8217;ai \u00e9lue endroit le plus ennuyeux de France ! Fini les for\u00eats sympas et joueuses de la veille, place \u00e0 plus de 100 bornes de chemins entre les champs et de routes en ligne droite.&nbsp; C&#8217;est dans ce contexte que les premi\u00e8res douleurs d\u00e9cident de faire leur apparition, notamment au niveau du genou et du releveur, histoire \u201cd&#8217;\u00e9gayer\u201d un peu ma journ\u00e9e. Malgr\u00e9 tout, le rythme reste bon et les kilom\u00e8tres continuent de d\u00e9filer.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est aussi le moment que choisit Babouchka pour prendre la parole et raconter quelques histoires aux personnes qui me suivent. Pour ceux qui ne la connaissent pas, Babouchka est une petite poup\u00e9e russe qui m&#8217;a \u00e9t\u00e9 offerte lors de mon voyage \u00e0 v\u00e9lo au Kazakhstan. Habituellement, elle tr\u00f4ne sagement devant mon \u00e9cran d&#8217;ordinateur, mais cette fois-ci, elle avait visiblement besoin de prendre le grand air et une envie irr\u00e9sistible de d\u00e9couvrir le Mont-Saint-Michel.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s&#8217;est donc invit\u00e9e dans l&#8217;aventure et s&#8217;est donn\u00e9 pour mission de divertir les personnes qui suivent ma progression. Une fa\u00e7on de rendre cette interminable travers\u00e9e de la Beauce un peu plus vivante, au moins pour ceux qui ont la chance de ne pas \u00eatre en train de la parcourir \u00e0 pied !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 2 : une deuxi\u00e8me nuit compliqu\u00e9e et une mauvaise d\u00e9cision<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me nuit est pour moi le moment de prendre ma premi\u00e8re mauvaise d\u00e9cision de cette aventure. Lorsque je retrouve le camping-car \u00e0 21 h, je d\u00e9cide de ne pas m&#8217;arr\u00eater dormir. Mon id\u00e9e est de repousser ma pause sommeil entre 3 h et 4 h 30 du matin, afin de passer en dormant la fin de nuit, qui est toujours la p\u00e9riode la plus compliqu\u00e9e pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le papier, le plan me semble plut\u00f4t malin. Dans les faits, il va rapidement montrer ses limites. Vers minuit, je ne tiens plus debout. Avec Mathilde, ma paceuse pour la nuit, on encha\u00eene les longues lignes droites sur des d\u00e9partementales en pleine for\u00eat. Le d\u00e9cor n&#8217;aide pas franchement \u00e0 rester \u00e9veill\u00e9 et je commence s\u00e9rieusement \u00e0 lutter contre le sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passe une bonne trentaine de minutes \u00e0 chercher un endroit o\u00f9 dormir avant de tomber providentiellement sur un carrefour \u00e9quip\u00e9 de deux bancs. Je m&#8217;installe pour un petit roupillon de 15 minutes. Au r\u00e9veil, je retrouve un peu de lucidit\u00e9 et on repart. Malheureusement, l&#8217;effet ne dure pas et, moins de deux heures plus tard, je suis de nouveau compl\u00e8tement dans le dur. J&#8217;ai alors une sensation assez \u00e9trange : ma vision ne ressemble plus \u00e0 un film, mais \u00e0 une succession d&#8217;images fixes, entre lesquelles je suis capable de m&#8217;endormir. Autant dire que je ne suis plus franchement dans les meilleures conditions pour avancer !<\/p>\n\n\n\n<p>Je pr\u00e9viens Mathilde que j&#8217;ai de nouveau besoin de m&#8217;arr\u00eater. Cette fois-ci, pas question de perdre du temps \u00e0 chercher un banc : je m&#8217;allonge directement sur le bas-c\u00f4t\u00e9 du chemin et, d&#8217;apr\u00e8s Mathilde, je me mets \u00e0 ronfler en moins de dix secondes.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette deuxi\u00e8me pause improvis\u00e9e, j&#8217;arrive tant bien que mal \u00e0 reprendre ma progression jusqu&#8217;au camping-car. Cette fois, je d\u00e9cide de m&#8217;accorder trois bonnes heures de sommeil pour repartir sur de meilleures bases.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 3 : un second souffle et un \u00e9tat de flow<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une bonne nuit de trois heures, je me sens retap\u00e9 et j&#8217;attaque cette troisi\u00e8me journ\u00e9e avec beaucoup de motivation. D&#8217;autant que Lucas m&#8217;a envoy\u00e9 plusieurs morceaux de musique personnalis\u00e9s qui m&#8217;aident \u00e0 maintenir le rythme. Je suis dans un v\u00e9ritable \u00e9tat de flow, les kilom\u00e8tres d\u00e9filent et je me sens presque invincible !<\/p>\n\n\n\n<p>On se rapproche du Perche et, finalement, je ne suis pas si \u00e9tonn\u00e9 de retrouver cet \u00e9tat. Je l&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 sur d&#8217;autres ultras et j&#8217;en avais \u00e9galement entendu parler par d&#8217;autres coureurs. La deuxi\u00e8me journ\u00e9e est souvent un enfer : ton corps est fatigu\u00e9, les premi\u00e8res douleurs apparaissent, mais tu n&#8217;es pas encore rentr\u00e9 dans une routine. Le troisi\u00e8me jour, c&#8217;est comme si ton organisme avait enfin compris que l&#8217;effort \u00e9tait parti pour durer. Il doit probablement se passer tout un tas de choses au niveau hormonal qui permettent de planer tranquillement, malgr\u00e9 la fatigue accumul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de la journ\u00e9e, je suis m\u00eame tellement en forme que je dois parcourir quelques kilom\u00e8tres suppl\u00e9mentaires : j&#8217;ai sem\u00e9 le camping-car, qui s&#8217;est retrouv\u00e9 bloqu\u00e9 \u00e0 cause de la hauteur maximale autoris\u00e9e sous un pont. Il faut donc trouver un autre point de rendez-vous un peu plus loin sur le parcours. C&#8217;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je r\u00e9alise \u00e0 quel point je suis dans un bon \u00e9tat d&#8217;esprit. Plut\u00f4t que de m&#8217;agacer de devoir repousser mon repas et ma pause sommeil, je me dis simplement que ce sont autant de kilom\u00e8tres que je n&#8217;aurai pas \u00e0 parcourir le lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand tu commences \u00e0 consid\u00e9rer quelques kilom\u00e8tres suppl\u00e9mentaires comme une bonne nouvelle apr\u00e8s trois jours de course, c&#8217;est que tout va plut\u00f4t bien !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260910_154334977.MP_-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-283\" srcset=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260910_154334977.MP_-768x1024.jpg 768w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260910_154334977.MP_-225x300.jpg 225w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260910_154334977.MP_-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260910_154334977.MP_-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260910_154334977.MP_-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La gestion des pieds : ne rien faire, c&#8217;est aussi une strat\u00e9gie !<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Pour ceux qui avaient suivi ma SwissPeak, vous vous souvenez probablement de l&#8217;\u00e9pisode des ampoules, qui avait fini par obliger le podologue \u00e0 me retirer 12 cm\u00b2 de peau sous le pied droit. Autant dire que la gestion des pieds \u00e9tait un sujet que je devais s\u00e9rieusement prendre en compte dans la pr\u00e9paration de ce nouveau projet.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ma pr\u00e9paration a \u00e9t\u00e9\u2026 de ne rien faire !<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, avant la SwissPeak, je n&#8217;avais jamais vraiment eu d&#8217;ampoules. Et la seule fois o\u00f9 j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9parer mes pieds \u00ab comme il faut \u00bb, je me suis retrouv\u00e9 avec des ampoules monstrueuses. J&#8217;ai donc d\u00e9cid\u00e9 de revenir \u00e0 ma bonne vieille m\u00e9thode : aucune pr\u00e9paration particuli\u00e8re, juste un peu de cr\u00e8me Nok sur les pieds au moment d&#8217;enfiler les chaussures au d\u00e9part, et c&#8217;est parti ! Et puis, de toute fa\u00e7on, on ne peut pas avoir d&#8217;ampoules quand on a de la corne aux pieds, non ? \ud83d\ude42<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le reste de la gestion des pieds, j&#8217;avais pas mal lu le blog de John Kelly. Un psychopathe qui a plusieurs FKT tr\u00e8\u00e8\u00e8\u00e8s longs \u00e0 son actif et qui a \u00e9galement termin\u00e9 trois fois la Barkley. Bref, un mec que tu \u00e9coutes quand il parle d&#8217;ultra-endurance !<\/p>\n\n\n\n<p>Sa strat\u00e9gie pour les pieds est assez simple : tant que \u00e7a va, tu ne touches \u00e0 rien.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai donc d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;appliquer ce principe \u00e0 la lettre. Pas de changement syst\u00e9matique de chaussettes ou de chaussures \u00e0 chaque arr\u00eat. Je ne changeais quelque chose que lorsqu&#8217;une g\u00eane commen\u00e7ait \u00e0 appara\u00eetre. C&#8217;est comme \u00e7a que je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 courir 36 heures avec les m\u00eames chaussettes, alors qu&#8217;avant, j&#8217;\u00e9tais plut\u00f4t dans la team \u00ab \u00e0 chaque base de vie, on change tout \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au vu de l&#8217;\u00e9tat de mes pieds \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e, je crois que je vais continuer \u00e0 suivre les conseils de ce monsieur !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 3 : le retour de Radio-Louison<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" data-id=\"282\" src=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260911_182823372-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-282\" srcset=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260911_182823372-768x1024.jpg 768w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260911_182823372-225x300.jpg 225w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260911_182823372-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260911_182823372-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260911_182823372-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p>Nouvelle nuit, nouveau pacer ! Ou plut\u00f4t, le retour de Louison, qui, apr\u00e8s avoir parcouru les dix premiers kilom\u00e8tres \u00e0 pied avec moi au d\u00e9part de Notre-Dame, est revenu en train et \u00e0 v\u00e9lo pour m&#8217;accompagner pendant cette nouvelle nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois-ci, j&#8217;ai appris de mes erreurs. Avant m\u00eame que Louison ne commence son r\u00f4le de pacer, on attaque par une bonne sieste de trois heures dans le camping-car. Pas question de reproduire les gal\u00e8res de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente !<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit se passe plut\u00f4t bien pour moi. Pour Louison, c&#8217;est l&#8217;occasion de perfectionner sa technique de cyclo-cross, puisqu&#8217;il passe finalement plus de temps \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son v\u00e9lo que dessus. Comme pr\u00e9vu, il enclenche Radio-Louison ! Avec sa programmation ininterrompue d&#8217;anecdotes, de discussions et d&#8217;histoires en tout genre, la nuit passe rapidement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Notre progression est tout de m\u00eame entrecoup\u00e9e de pauses pipi tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8res. Et quand je dis tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8res, ce n&#8217;est pas une fa\u00e7on de parler ! Si j&#8217;avais lanc\u00e9 un chronom\u00e8tre \u00e0 chaque arr\u00eat, je pense que j&#8217;aurais facilement cumul\u00e9 plus de deux heures consacr\u00e9es \u00e0 cette activit\u00e9 depuis le d\u00e9part. Je commence \u00e0 comprendre pourquoi des gars comme Casquette Verte ont d\u00e9velopp\u00e9 une technique pour pisser en courant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 4 : des b\u00e2tons r\u00e9calcitrants et un mental mis \u00e0 rude \u00e9preuve<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les douleurs aux genoux apparues d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour m&#8217;avaient pouss\u00e9 \u00e0 sortir les b\u00e2tons pour soulager un peu mes jambes. Je les avais ensuite rang\u00e9s afin de pouvoir courir plus facilement. Le probl\u00e8me, c&#8217;est que lorsque j&#8217;en ai de nouveau besoin, impossible de les d\u00e9plier : ils ne se bloquent plus en position ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps, je me dis que ce n&#8217;est pas bien grave et que je vais simplement m&#8217;en passer. Sauf que, finalement, j&#8217;en ai vraiment besoin. Mathilde passe donc chez D\u00e9cathlon pour essayer de les faire r\u00e9parer. Mission accomplie, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;elle m&#8217;appelle pour m&#8217;annoncer la bonne nouvelle et que le b\u00e2ton se referme en direct au t\u00e9l\u00e9phone\u2026 De retour au camping-car, Mathilde et Christophe se lancent dans une op\u00e9ration de bricolage \u00e0 base de pinces et d&#8217;\u00e9pingles \u00e0 nourrice. Ils finissent par r\u00e9ussir \u00e0 bloquer le b\u00e2ton en position ouverte. Une r\u00e9paration de fortune qui tiendra jusqu&#8217;\u00e0 la fin de l&#8217;aventure, et heureusement, car je vais en avoir sacr\u00e9ment besoin !<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus tard sur un petit chemin, un automobiliste fr\u00f4le Mathilde avant de s&#8217;arr\u00eater, comme s&#8217;il avait quelque chose \u00e0 nous expliquer. Mon sang ne fait qu&#8217;un tour et je me retourne pour lui dire ce que je pense de sa conduite. Finalement, il repart, mais l&#8217;adr\u00e9naline de cette confrontation avort\u00e9e fait instantan\u00e9ment dispara\u00eetre toutes mes douleurs ! J&#8217;encha\u00eene alors la meilleure descente de mon GR22, dans un \u00e9tat de flow total.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette quatri\u00e8me journ\u00e9e reste probablement la plus compliqu\u00e9e mentalement. D&#8217;apr\u00e8s mes calculs d&#8217;allure, je devrais arriver au Mont-Saint-Michel le dimanche en fin d&#8217;apr\u00e8s-midi. Le probl\u00e8me, c&#8217;est que Mathilde doit \u00e9galement prendre le dernier train pour Tours en fin d&#8217;apr\u00e8s-midi. L&#8217;\u00e9cart entre les deux horaires est suffisamment faible pour que je puisse esp\u00e9rer la voir \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e, mais pas assez pour en \u00eatre certain. Et c&#8217;est justement cette incertitude qui va me pourrir la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passe des heures \u00e0 calculer et recalculer mon heure d&#8217;arriv\u00e9e, \u00e0 essayer de me forcer \u00e0 tenir des allures l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieures \u00e0 celles que je pourrais maintenir naturellement. Sur le papier, gagner 0,5 km\/h ne para\u00eet pas \u00e9norme. Dans les faits, apr\u00e8s plusieurs centaines de kilom\u00e8tres, \u00e7a change absolument tout !<\/p>\n\n\n\n<p>Et comme mon cerveau commence s\u00e9rieusement \u00e0 fatiguer, m\u00eame les calculs les plus simples deviennent compliqu\u00e9s. Je me retrouve notamment \u00e0 calculer les minutes en base 100, ce qui n&#8217;aide pas franchement \u00e0 obtenir des estimations fiables\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quatre ou cinq heures \u00e0 me torturer mentalement, je finis par avoir Mathilde au t\u00e9l\u00e9phone et par accepter qu&#8217;elle ne sera probablement pas pr\u00e9sente \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e. Je r\u00e9alise alors \u00e0 quel point je me suis compliqu\u00e9 la journ\u00e9e tout seul, simplement en tournant en boucle sur cette histoire de train. J&#8217;ai d\u00e9pens\u00e9 une \u00e9nergie mentale consid\u00e9rable \u00e0 essayer de contr\u00f4ler quelque chose sur lequel je n&#8217;avais finalement que tr\u00e8s peu de prise.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu avant de rejoindre le camping-car, je re\u00e7ois un appel d&#8217;Alex, un pote qui pratique \u00e9galement l&#8217;ultra. Il m&#8217;appelle simplement pour prendre des nouvelles, mais il trouve les mots justes pour me faire d\u00e9finitivement sortir de cette boucle mentale. Entendre les paroles de quelqu&#8217;un qui a d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu ce genre de gal\u00e8re et qui comprend parfaitement ce qui se passe dans ma t\u00eate me fait un bien fou.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&#8217;alimentation : le carburant pour tenir 112 heures<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Parmi les questions qui reviennent r\u00e9guli\u00e8rement lorsqu&#8217;on parle de ce genre de projet, il y a \u00e9videmment celle de l&#8217;alimentation. Et c&#8217;est un vrai sujet en ultra-endurance ! Pendant l&#8217;effort, l&#8217;organisme privil\u00e9gie l&#8217;apport sanguin aux muscles, au d\u00e9triment notamment du syst\u00e8me digestif, ce qui peut r\u00e9guli\u00e8rement provoquer des difficult\u00e9s \u00e0 s&#8217;alimenter, voire de v\u00e9ritables troubles digestifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette course, de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, tout s&#8217;est quasiment parfaitement pass\u00e9. Bon, je suis quand m\u00eame parti avec un bon mal de ventre et une belle diarrh\u00e9e le matin du d\u00e9part, qui m&#8217;ont accompagn\u00e9 pendant toute la premi\u00e8re journ\u00e9e. Mais une fois cet \u00e9pisode pass\u00e9, je n&#8217;ai plus rencontr\u00e9 de probl\u00e8me digestif sur le reste du parcours.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 nutrition, j&#8217;ai pu suivre le plan que j&#8217;avais pr\u00e9vu : un \u00ab vrai repas \u00bb toutes les six heures, compl\u00e9t\u00e9 par de la nutrition sportive entre les ravitaillements.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les repas, on \u00e9tait sur des choses assez simples : p\u00e2tes, gnocchis, pur\u00e9e, un peu de tofu et beaucoup de ketchup ! Le tout compl\u00e9t\u00e9 par quelques verres de soupe les premiers jours. Bref, principalement des glucides et pas trop de fibres, histoire de ne pas surcharger le syst\u00e8me digestif et de faciliter au maximum l&#8217;assimilation.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre les repas, je partais avec une flask contenant une boisson \u00e9nerg\u00e9tique dos\u00e9e \u00e0 environ 40 g de glucides, que je buvais sur deux heures. Je compl\u00e9tais avec des compotes, des p\u00e2tes de fruits, des gels et des mochis.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme \u00e0 chaque course, mes pr\u00e9f\u00e9rences alimentaires \u00e9voluent au fil des kilom\u00e8tres. Certains produits qui passent tr\u00e8s bien au d\u00e9but finissent par ne plus me faire envie, tandis que d&#8217;autres deviennent de v\u00e9ritables obsessions.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois-ci, les grands gagnants ont \u00e9t\u00e9 les mochis ! \u00c0 tel point qu&#8217;au troisi\u00e8me jour, j&#8217;ai d\u00fb demander \u00e0 Louison de faire un r\u00e9assort, car j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 englouti tout le stock initialement pr\u00e9vu pour les cinq jours de course.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait de maintenir un apport r\u00e9gulier de 40 \u00e0 50 g de glucides par heure, tout en profitant des vrais repas pour refaire le plein d&#8217;\u00e9nergie et compl\u00e9ter les apports de la journ\u00e9e. Et sur ce point, le bilan est plut\u00f4t positif : je n&#8217;ai jamais rencontr\u00e9 de v\u00e9ritable probl\u00e8me de niveau d&#8217;\u00e9nergie pendant les 112 heures qu&#8217;a dur\u00e9 l&#8217;\u00e9preuve. Bien s\u00fbr, il y a eu des moments de fatigue, des coups de mou et des passages o\u00f9 avancer demandait un peu plus de volont\u00e9, mais je n&#8217;ai jamais eu l&#8217;impression de manquer de carburant.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur une \u00e9preuve aussi longue, r\u00e9ussir \u00e0 manger r\u00e9guli\u00e8rement sans saturer son syst\u00e8me digestif est d\u00e9j\u00e0 une petite victoire en soi. Et de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, je n&#8217;aurais pas pu esp\u00e9rer beaucoup mieux !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 4 : Une nuit de sommeil qui ne se passe pas comme pr\u00e9vu<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En arrivant au camping-car, je retrouve Martine, ma tante, venue me soutenir sur le parcours. \u00c7a me fait vraiment plaisir de la voir, mais je dois rester concentr\u00e9 sur l&#8217;essentiel : manger et me coucher le plus rapidement possible pour profiter au maximum de ma pause.<\/p>\n\n\n\n<p>Au programme, 3 h 00 de sommeil. Sauf que, cette fois-ci, la nuit ne va pas se d\u00e9rouler tout \u00e0 fait comme pr\u00e9vu. Le camping-car est stationn\u00e9 au bout d&#8217;un chemin et, apr\u00e8s environ une heure de sommeil, quelqu&#8217;un vient frapper \u00e0 la porte pour nous expliquer qu&#8217;une soir\u00e9e est organis\u00e9e pr\u00e8s d&#8217;un \u00e9tang et que notre v\u00e9hicule bloque le passage.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un \u00e9tat compl\u00e8tement comateux, je sens tout le monde s&#8217;agiter autour de moi. Le camping-car se met \u00e0 bouger, mais je suis tellement fatigu\u00e9 que je finis par me rendormir. Lorsque le r\u00e9veil sonne, j&#8217;ai l&#8217;impression qu&#8217;il vient me chercher en plein milieu d&#8217;un cycle de sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u00e0, c&#8217;est l&#8217;enfer.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai mal partout, je n&#8217;ai absolument aucune envie de repartir. Tout ce que je voudrais, c&#8217;est me mettre en boule et dormir dix heures de plus. L&#8217;id\u00e9e m\u00eame de devoir sortir du camping-car pour retourner courir me para\u00eet insurmontable. Heureusement, Mathilde est toujours au top dans ces moments-l\u00e0. Elle trouve les mots et les coups de pied au cul n\u00e9cessaires pour me remettre en mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>On finit par sortir du camping-car et je r\u00e9alise que je n&#8217;ai absolument aucune id\u00e9e de l&#8217;endroit o\u00f9 nous sommes. Avec cette histoire de soir\u00e9e et de chemin bloqu\u00e9, le v\u00e9hicule a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 d&#8217;une centaine de m\u00e8tres pendant mon sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>Mathilde me remet sur le bon chemin et c&#8217;est reparti !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 4 : une derni\u00e8re nuit interminable et des jambes en morceaux<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Cette nuit, c&#8217;est surtout pour Mathilde que les choses se compliquent. Apr\u00e8s les quelques bosses de la veille, elle est d\u00e9j\u00e0 bien fatigu\u00e9e de m&#8217;avoir accompagn\u00e9 toute la journ\u00e9e. Et voil\u00e0 qu&#8217;on encha\u00eene les mont\u00e9es et les descentes, jusqu&#8217;\u00e0 remonter une cascade am\u00e9nag\u00e9e.Sur le papier, c&#8217;est plut\u00f4t sympa pour les pi\u00e9tons. Mais pousser un v\u00e9lo sur des marches pendant 50 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 positif, \u00e7a se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un v\u00e9ritable enfer !<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me, c&#8217;est que je ne peux pas vraiment l&#8217;aider. Notre fonctionnement est assez simple : elle prend du retard dans les mont\u00e9es et me rattrape sur le plat ou dans les descentes. Je continue donc \u00e0 avancer, mais apr\u00e8s plus de dix minutes de marche sans apercevoir la lumi\u00e8re de son v\u00e9lo, je d\u00e9cide de m&#8217;arr\u00eater pour l&#8217;attendre. Elle finit par arriver, compl\u00e8tement rinc\u00e9e, et ce malgr\u00e9 l\u2019entrainement Crossfit de cet \u00e9t\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>Le reste de la nuit est lent. Tr\u00e8s, tr\u00e8s, tr\u00e8s lent.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&#8217;arrive plus \u00e0 courir dans les descentes sur le bitume, qui sont malheureusement nombreuses. Je force tellement sur mes b\u00e2tons pour limiter les impacts sur mes jambes que je commence m\u00eame \u00e0 d\u00e9velopper une douleur au coude droit, qui ressemble \u00e0 un d\u00e9but de tendinite. \u00c0 ce stade, chaque solution trouv\u00e9e pour soulager une partie de mon corps finit par en ab\u00eemer une autre.<\/p>\n\n\n\n<p>On traverse deux f\u00eates de village au cours de la nuit. L&#8217;envie de s&#8217;arr\u00eater est bien pr\u00e9sente : aller boire un coup avec les gens, profiter un peu de l&#8217;ambiance et, surtout, repartir tranquillement dans les bras de Morph\u00e9e plut\u00f4t que sur les chemins du GR22.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon releveur droit est d\u00e9sormais compl\u00e8tement hors service. Chaque pas devient compliqu\u00e9 et je finis par demander \u00e0 Mathilde de trouver le point le plus proche o\u00f9 le camping-car pourrait nous rejoindre. D\u00e8s le r\u00e9veil de mes parents, ils prennent la route et viennent nous retrouver au milieu d&#8217;une d\u00e9partementale. Je m&#8217;effondre imm\u00e9diatement dans le lit pendant que ma maman s&#8217;occupe de me strapper les deux pieds pour soulager les releveurs. Ce sont probablement les quinze minutes les plus agr\u00e9ables de toute l&#8217;aventure. Cela fait trois heures que je r\u00eave de retrouver cette couette et, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis, je n&#8217;ai besoin de rien d&#8217;autre. Quand je sors de mon coma express, mes pieds sont strapp\u00e9s et je me sens pr\u00eat \u00e0 repartir. Je laisse Mathilde profiter d&#8217;un repos bien m\u00e9rit\u00e9 et je reprends la route avec des jambes presque comme neuves.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La gestion de la douleur : jusqu&#8217;o\u00f9 faut-il aller pour continuer \u00e0 avancer ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Sur ce genre de projet, une question finit in\u00e9vitablement par se poser lorsque la douleur et l&#8217;inflammation commencent \u00e0 s&#8217;installer : est-ce qu&#8217;on fait appel \u00e0 des solutions ext\u00e9rieures pour continuer \u00e0 avancer ? Je pense notamment aux m\u00e9dicaments.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9decine est assez claire sur le sujet des anti-inflammatoires : leur utilisation pendant un effort d&#8217;ultra-endurance est fortement d\u00e9conseill\u00e9e. Ils peuvent notamment augmenter le risque de probl\u00e8mes r\u00e9naux, alors que les reins sont d\u00e9j\u00e0 fortement sollicit\u00e9s par l&#8217;effort et une \u00e9ventuelle d\u00e9shydratation. Il y a aussi le Doliprane, qui peut \u00eatre tentant pour faire passer une douleur. Cette fois, c&#8217;est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du foie qu&#8217;il faut \u00eatre vigilant, notamment en cas de surdosage ou de prises r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au-del\u00e0 des risques li\u00e9s aux m\u00e9dicaments, il y a une autre raison pour laquelle je pr\u00e9f\u00e8re m&#8217;en passer : la douleur est un message qu&#8217;il me semble important de continuer \u00e0 entendre sur ce genre d&#8217;\u00e9preuve. Soit on est capable de g\u00e9rer l&#8217;intensit\u00e9 de ce message et de continuer \u00e0 avancer, soit il faut trouver des solutions pour d\u00e9porter la charge, modifier sa fa\u00e7on de courir et soulager la partie du corps qui commence \u00e0 souffrir. Et parfois, il faut aussi savoir reconna\u00eetre que continuer risque d&#8217;aggraver une blessure.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, je n&#8217;ai jamais de m\u00e9dicaments dans mon sac de trail. Avec l&#8217;\u00e9puisement, la fatigue et la frustration, il serait trop facile de craquer \u00e0 un instant T et d&#8217;avaler un comprim\u00e9 simplement pour faire taire une douleur. J&#8217;ai bien du Doliprane dans mon sac de ravitaillement, mais le fait de ne pas l&#8217;avoir directement sur moi m&#8217;oblige \u00e0 prendre du recul. Si je d\u00e9cide d&#8217;en prendre, ce sera une d\u00e9cision r\u00e9fl\u00e9chie, pour une situation bien pr\u00e9cise, et non une r\u00e9action impulsive au moment o\u00f9 les choses deviennent difficiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Et malgr\u00e9 l&#8217;envie, \u00e0 plusieurs reprises, de faire taire certaines douleurs, j&#8217;ai r\u00e9ussi \u00e0 boucler ces 570 kilom\u00e8tres sans prendre le moindre m\u00e9dicament.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, en revanche, j&#8217;ai utilis\u00e9 une bombe de froid. Lors de la quatri\u00e8me journ\u00e9e, mes releveurs et mon genou ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u00e9rieusement chanter, au point de rendre certains mouvements particuli\u00e8rement d\u00e9sagr\u00e9ables. Le froid m&#8217;a permis de soulager temporairement ces douleurs et de continuer \u00e0 avancer. Je suis bien conscient que cela revient aussi, dans une certaine mesure, \u00e0 masquer un signal envoy\u00e9 par le corps. La diff\u00e9rence, c&#8217;est que l&#8217;effet \u00e9tait relativement temporaire et que je pouvais r\u00e9guli\u00e8rement refaire le point sur mes sensations.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que la douleur restait stable ? Est-ce qu&#8217;elle augmentait ? Est-ce que je pouvais encore courir normalement ou est-ce que je commen\u00e7ais \u00e0 modifier ma foul\u00e9e pour compenser ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;objectif \u00e9tait de continuer \u00e0 avancer sans perdre compl\u00e8tement de vue la fronti\u00e8re entre une douleur que je pouvais encore g\u00e9rer et une blessure qui risquait de devenir incapacitante.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&#8217;\u00e9tais \u00e9galement fix\u00e9 une limite assez claire avant le d\u00e9part : j&#8217;acceptais de sortir de cette aventure avec des douleurs ou des blessures qui pourraient me handicaper dans ma pratique sportive pendant un mois apr\u00e8s l&#8217;\u00e9preuve. C&#8217;\u00e9tait le prix que j&#8217;\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 payer pour aller au bout du projet, mais je ne voulais pas prendre le risque de compromettre ma pratique sur plusieurs mois.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est aussi pour cette raison que je me suis autoris\u00e9 \u00e0 tirer un peu sur les releveurs lors des derni\u00e8res journ\u00e9es, tout en surveillant l&#8217;\u00e9volution de la douleur. Et autant vous dire qu&#8217;ils se vengent bien pendant cette premi\u00e8re semaine de r\u00e9cup\u00e9ration ! Je savais que j&#8217;allais devoir leur laisser un peu de temps pour se remettre de cette aventure, mais ils semblent bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 me rappeler que je leur en ai demand\u00e9 beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur un projet aussi long, il ne suffit pas de r\u00e9ussir \u00e0 supporter la douleur. Il faut aussi rester suffisamment lucide pour savoir quand elle commence \u00e0 raconter autre chose.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260913_124730796.MP_-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-281\" srcset=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260913_124730796.MP_-768x1024.jpg 768w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260913_124730796.MP_-225x300.jpg 225w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260913_124730796.MP_-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260913_124730796.MP_-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PXL_20260913_124730796.MP_-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 5 : la chaleur, les derni\u00e8res douleurs et un marathon qui para\u00eet interminable<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Pour me motiver en ce d\u00e9but de matin\u00e9e et oublier les deux ou trois endroits o\u00f9 j&#8217;ai mal, je d\u00e9cide d&#8217;appeler les copains. Benjamin est le premier \u00e0 mettre un emoji sur la conversation WhatsApp, signe qu&#8217;il est r\u00e9veill\u00e9. Il est \u00e0 peine 7 h, mais tant pis pour lui, je l&#8217;appelle !<\/p>\n\n\n\n<p>Je retrouve ensuite Mathilde, motiv\u00e9e pour effectuer un dernier shift \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s avant de ranger d\u00e9finitivement son v\u00e9lo.Au d\u00e9but, tout se passe plut\u00f4t bien. Je retrouve un peu de rythme et les kilom\u00e8tres d\u00e9filent. Puis, d&#8217;un coup, la chaleur me tombe dessus et j&#8217;ai de nouveau l&#8217;impression de me tra\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<p>On finit par rejoindre le camping-car, que l&#8217;on a pourtant quitt\u00e9 \u00e0 peine trois heures plus t\u00f4t. Mais cette fois, impossible de repartir imm\u00e9diatement : j&#8217;ai besoin de me poser et de faire un peu de cooling, autrement dit, essayer de faire redescendre ma temp\u00e9rature corporelle. Glace au niveau des carotides, t\u00eate mouill\u00e9e\u2026 Je fais tout ce que je peux pour \u00e9viter de faire exploser la cocotte-minute ! Je profite \u00e9galement de cette pause prolong\u00e9e pour me faire strapper le genou. Une nouvelle douleur vient de se r\u00e9veiller et, \u00e0 ce stade de la course, je doute qu&#8217;elle disparaisse spontan\u00e9ment. Autant essayer de limiter les d\u00e9g\u00e2ts pour les derniers kilom\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;arrive \u00e0 survivre \u00e0 l&#8217;apr\u00e8s-midi en appelant deux amies qui ont le bon go\u00fbt de me divertir pendant un bon moment. \u00c0 ce stade, avoir quelqu&#8217;un au t\u00e9l\u00e9phone pour discuter de tout et de rien est probablement l&#8217;un des meilleurs moyens de faire passer les kilom\u00e8tres sans trop r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui se passe dans mes jambes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je commence \u00e0 approcher d&#8217;Avranches lorsque quelqu&#8217;un \u00e9crit sur la conversation WhatsApp : \u00ab Plus qu&#8217;un marathon ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Autant cette conversation a \u00e9t\u00e9 un soutien absolument incroyable tout au long de l&#8217;aventure, autant, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis, ce message me donne l&#8217;impression que l&#8217;arriv\u00e9e est encore au bout du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Je progresse p\u00e9niblement \u00e0 5 km\/h. Un marathon repr\u00e9sente donc encore pr\u00e8s de neuf heures d&#8217;effort dans mon \u00e9tat actuel. Et neuf heures, quand tu as d\u00e9j\u00e0 plusieurs centaines de kilom\u00e8tres dans les jambes, c&#8217;est une \u00e9ternit\u00e9. Je n&#8217;ai absolument aucune envie de me projeter aussi loin. Pour le moment, je pr\u00e9f\u00e8re continuer \u00e0 avancer, un kilom\u00e8tre apr\u00e8s l&#8217;autre, sans trop r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu&#8217;il reste \u00e0 parcourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques minutes avant de rejoindre le camping-car, je glisse dans la conversation que j&#8217;aimerais bien manger un sorbet. Et l\u00e0, magie de l&#8217;assistance : lorsque j&#8217;arrive au camping-car, les sorbets ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s ! Apr\u00e8s plusieurs heures \u00e0 lutter contre la chaleur, la fatigue et les douleurs, ce petit plaisir me fait un bien fou.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne reste plus qu&#8217;\u00e0 repartir pour les derniers kilom\u00e8tres vers le Mont-Saint-Michel.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/WhatsApp-Image-2026-09-13-at-16.53.38-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-280\" srcset=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/WhatsApp-Image-2026-09-13-at-16.53.38-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/WhatsApp-Image-2026-09-13-at-16.53.38-225x300.jpeg 225w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/WhatsApp-Image-2026-09-13-at-16.53.38-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/WhatsApp-Image-2026-09-13-at-16.53.38.jpeg 1512w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jour 5 : les derniers kilom\u00e8tres vers le Mont-Saint-Michel<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 Avranches, je retrouve mon dernier pacer : Pierre-Marie, mon cousin, qui est venu m&#8217;accompagner \u00e0 v\u00e9lo pour cette derni\u00e8re section. Enfin, \u00e0 demi-v\u00e9lo, puisque d\u00e8s le premier kilom\u00e8tre, sa p\u00e9dale d\u00e9cide de rendre l&#8217;\u00e2me ! Malgr\u00e9 une petite s\u00e9ance de m\u00e9canique improvis\u00e9e, impossible de la r\u00e9parer correctement. Il terminera donc le parcours avec une seule p\u00e9dale. Une fa\u00e7on comme une autre de partager un peu ma gal\u00e8re !<\/p>\n\n\n\n<p>On aper\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 le Mont-Saint-Michel \u00e0 quelques encablures, mais c&#8217;est un leurre. Il nous faut maintenant parcourir une quinzaine de kilom\u00e8tres dans la direction oppos\u00e9e avant de pouvoir enfin prendre le chemin de l&#8217;arriv\u00e9e.Le spectacle est magnifique a lieu dans notre dos : superbe coucher de soleil, accompagn\u00e9 du mascaret, ce ph\u00e9nom\u00e8ne exceptionnel qui se produit lors des grandes mar\u00e9es, lorsque la mar\u00e9e montante forme une vague qui remonte le cours du fleuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste d\u00e9sormais une trentaine de kilom\u00e8tres, essentiellement sur du plat.Je sais que je vais aller au bout et que le record est \u00e0 port\u00e9e de main. Mais je n&#8217;ai absolument aucune motivation pour aller plus vite. Mathilde ne sera pas pr\u00e9sente \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e et je suis d\u00e9sormais certain de terminer de nuit. Je n&#8217;ai donc plus vraiment de raison de me presser. J&#8217;essaie tout de m\u00eame de me battre mentalement pour relancer la machine et me remettre \u00e0 courir, mais je me heurte \u00e0 une fin de non-recevoir. Mon syst\u00e8me nerveux est en gr\u00e8ve et il n&#8217;est visiblement pas question de n\u00e9gocier.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors on marche, tranquillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette derni\u00e8re section, on retrouve le camping-car tous les dix kilom\u00e8tres. Ces rendez-vous deviennent mes nouveaux micro-objectifs. Plut\u00f4t que de penser \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e, je me concentre simplement sur le prochain ravitaillement. Dix kilom\u00e8tres, puis encore dix, et enfin les dix derniers.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l&#8217;on repart pour le dernier tron\u00e7on, Pierre-Marie m&#8217;explique qu&#8217;il y a encore deux kilom\u00e8tres \u00e0 parcourir entre l&#8217;arriv\u00e9e et le parking, mais qu&#8217;une navette permet de faire le trajet jusqu&#8217;\u00e0 minuit.Je regarde ma montre : elle estime mon heure d&#8217;arriv\u00e9e \u00e0 23 h 52. D&#8217;un coup, je retrouve une bonne raison de courir ! Je relance la machine et parviens \u00e0 faire descendre mon heure d&#8217;arriv\u00e9e estim\u00e9e \u00e0 23 h 45. De quoi me laisser quelques minutes pour faire les photos \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e avant de prendre la derni\u00e8re navette.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout se passe bien jusqu&#8217;\u00e0 ce que quelqu&#8217;un nous annonce que nous ne sommes plus en haute saison et que les navettes s&#8217;arr\u00eatent d\u00e9sormais \u00e0 23 h. Et l\u00e0, tout s&#8217;effondre. J&#8217;ai soudainement envie de me mettre en boule et de pleurer. Je commence \u00e9galement \u00e0 avoir tr\u00e8s froid. J&#8217;enfile tous les v\u00eatements que j&#8217;ai sur moi et je reprends ma progression \u00e0 tout petits pas, le moral au fond des chaussettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Assis derri\u00e8re son \u00e9cran, \u00e7a peut para\u00eetre compl\u00e8tement ridicule de se mettre dans un \u00e9tat pareil pour deux kilom\u00e8tres suppl\u00e9mentaires apr\u00e8s en avoir parcouru pr\u00e8s de 570. Mais sur place, apr\u00e8s presque cinq jours d&#8217;effort, ces deux kilom\u00e8tres me semblent absolument insurmontables. Je viens de passer plusieurs heures \u00e0 me projeter sur la fin de l&#8217;aventure et, d&#8217;un coup, on m&#8217;annonce que ce n&#8217;est pas vraiment termin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, Pierre-Marie finit par avoir une id\u00e9e : appeler sa femme pour voir si elle peut venir nous r\u00e9cup\u00e9rer au plus pr\u00e8s de l&#8217;arriv\u00e9e.Elle explique au gardien de la barri\u00e8re ce que je viens de faire et celui-ci accepte gentiment de la laisser passer. Elle pourra donc venir me chercher et m&#8217;\u00e9pargner ces deux kilom\u00e8tres suppl\u00e9mentaires. Une petite victoire logistique qui me permet de retrouver un peu de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 pour aborder les derniers instants de cette aventure.<\/p>\n\n\n\n<p>On finit par se rapprocher du Mont-Saint-Michel. Cette fois, \u00e7a sent vraiment l&#8217;arriv\u00e9e, m\u00eame si les derniers kilom\u00e8tres passent toujours aussi lentement. Je continue d&#8217;avancer, un pas apr\u00e8s l&#8217;autre, jusqu&#8217;\u00e0 apercevoir au loin des lumi\u00e8res de frontales. Et puis je distingue un rouleau de papier toilette tendu en travers du chemin, en guise de ligne d&#8217;arriv\u00e9e. Apr\u00e8s toute cette aventure, difficile d&#8217;imaginer une ligne d&#8217;arriv\u00e9e plus appropri\u00e9e !<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&#8217;approche, je franchis la ligne et, d&#8217;un coup, c&#8217;est termin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e8s de 570 kilom\u00e8tres depuis Notre-Dame de Paris, presque cinq jours \u00e0 avancer, \u00e0 g\u00e9rer les douleurs, le sommeil, les gal\u00e8res et les moments de doute. Et maintenant, le Mont-Saint-Michel est l\u00e0, devant moi. Mais surtout, je ne suis pas arriv\u00e9 ici tout seul. Derri\u00e8re ce record, il y a toute une \u00e9quipe qui m&#8217;a accompagn\u00e9, nourri, soign\u00e9, guid\u00e9, encourag\u00e9 et parfois simplement aid\u00e9 \u00e0 remettre un pied devant l&#8217;autre quand je n&#8217;en avais plus envie.<\/p>\n\n\n\n<p>Putain, on l&#8217;a fait !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"744\" height=\"930\" src=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/WhatsApp-Image-2026-09-15-at-07.42.25.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-279\" srcset=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/WhatsApp-Image-2026-09-15-at-07.42.25.jpeg 744w, https:\/\/laviedeplato.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/WhatsApp-Image-2026-09-15-at-07.42.25-240x300.jpeg 240w\" sizes=\"auto, (max-width: 744px) 100vw, 744px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Sur le papier, le plan est simple \u00bb \u00c0 l&#8217;origine, mon projet \u00e9tait de parcourir le GR1 pour tenter d&#8217;y \u00e9tablir un nouveau record. Un premier record ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 en juin 2026, l&#8217;objectif \u00e9tait donc de faire mieux ! Tout \u00e9tait pr\u00eat, ou presque, jusqu&#8217;\u00e0 ce que les incendies en for\u00eat de Fontainebleau&#8230; <\/p>\n<div class=\"read-more\"><a href=\"https:\/\/laviedeplato.fr\/?p=276\">Read More<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-276","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-course-a-pied"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/276","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=276"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/276\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":284,"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/276\/revisions\/284"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=276"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=276"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laviedeplato.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=276"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}